dimanche 10 avril 2016

Prostitution et pornographie, même combat ?




     Il s'agit d'un sujet très sensible où se côtoient idées préconçues, intérêts personnels et autres biais qui ne permettent pas de se poser la question de manière objective. Si, en ce qui concerne la prostitution, une grande partie de la population est unanime pour dire que certaines femmes en souffrent, certains clichés laissent penser qu'il peut s'agir d'un métier librement consenti et qui peut même être gratifiant pour la personne qui l'exerce. En ce qui concerne la pornographie, le constat est presque pire puisque les victimes sont encore plus éloignées humainement du consommateur, encore plus objectivées derrière un écran qui réduit les dernières traces de culpabilité.  

      Dans cet article, je parlerai essentiellement des femmes parce qu'elles sont la majorité des victimes de la prostitution. Mais tout est transposable aux hommes qui en sont également victimes.



  • Idées reçues

Il existe un certains nombres d'idées reçues qui empêchent d'avoir un vrai débat sur le sujet. Je vais tenter de vous démontrer en quoi je pense que c'est biaisé.


Le viol, culturel ou naturel ?

Des sacrifices pour le bien de tous

     Pour des hommes qui ont recours au chantage, au harcèlement, à l'abus de pouvoir pour imposer aux femmes un rapport sexuel, le viol n'en est que la dernière étape. Pour ces hommes, les femmes sont des objets et c'est assez socialement accepté, quand on voit la pauvreté des descriptions de la sexualité masculine qu'on réduit bien souvent à une décharge physiologique en omettant complètement la sphère émotionnelle ou relationnelle dans le désir masculin. Dans ce contexte, certains justifient la pornographie comme un sacrifice de femmes à ces "monstres" afin qu'ils ne s'en prennent pas à l'une d'entre celles que l'on considère de plus grande valeur. 


Aspects naturels de la pulsion sexuelle

  Selon Philippe Brenot, psychiatre, il n'y a pas de pulsion innée qui pousse à l'accouplement. Le sexe est culturel, le fruit d'apprentissages. La neurobiologie n'a aucun argument pour justifier ce prétendu instinct. Notez que l'on parle de désir sexuel et non de besoin comme le besoin alimentaire, le besoin de sommeil etc...
    Pour appuyer ces affirmations, je citerai le cas des animaux. Si un animal (mammifères ou oiseaux en particulier) n'est pas en contact avec ses congénères lors de la période d'imprégnation sexuelle, qui est bien plus précoce que la puberté, mais qu'il est entouré d'animaux d'une autre espèce, il développera un désir sexuel pour cette autre espèce.



Qui sont les prostituteurs ?

    Le problème est donc un problème culturel de gestion de la frustration. Certaines personnes ont la maturité nécessaire pour la supporter, d'autres sont restés immatures et pensent qu'il s'agit d'un besoin. Les sex buyers (ou prostituteurs) sont des hommes souvent en couple, qui vont chercher ce que leur femme ne leur permettrait pas de faire dans leur chambre. Ce sont des pratiques sexuelles dans lesquelles la femme est objectivée : scatologie, sodomie, violence... Ils sont plus souvent coupables d'agressions. Ils recherchent avant tout la domination de la femme. 
    Dans l'étude " sex buyers  compared" (2015) Mélissa Farley décrit les acheteurs du sexe comme présentant une structure similaire aux hommes ayant un trouble de la personnalité antisociale (psychopathie) :
- manque d'empathie
- misogynie
- désir de dominer la femme
- pratiques sexuelles sans volonté d'entrer dans une relation
- absence de mauvaise conscience
Dans cette étude,
- 27% ont répondu avoir commis des actes sexuels coercitifs
- 19% ont répondu avoir commis des viols
- 54% admettent être violent sexuellement avec leurs compagnes
- 50% trouvent ridicule l'idée qu'une prostituée puisse être violée
     Les prostituteurs sont sept fois plus nombreux à dire qu'ils violeraient une femme s'ils pouvaient le faire en toute impunité. 


La culture du viol ?

Selon Peggy Reeves Sanday (1982), il existe plusieurs types de cultures :
- culture sans viol (rare ou absent) : 47%
- culture où le viol est présent mais sur lesquelles on a trop peu de données : 35%
- culture encline au viol : 18%


Cultures enclines au viol

- le viol est autorisé ou sa gravité est banalisée
- le groupe des hommes est opposé à celui des femmes : répartition des rôles etc...
- l'épouse est considérée comme la propriété de l'homme
- il s'agit de société patriarcale à domination masculine
- on y trouve une forte proportion de violence interpersonnelle
- les inégalités économiques sont visibles


Cultures sans viols 

- c'est un fonctionnement matrilinéaire
- les femmes sont traitées avec beaucoup de respect pour leur rôle reproducteur
- les deux sexes sont considérés équitablement
- il y a une reconnaissance de l'autorité et de l'autonomie des femmes
- il y a transmission maternelle de l'héritage
- la violence interpersonnelle est très rare
- la division du travail est peu marquée, les prises de décisions sont communes
- il y a deux rôles bien distincts des hommes : le père et l'oncle maternel
     - le père subvient aux besoins de l'enfant sans recours à l'autorité, il est dans une relation émotionnelle avec son enfant
         - l'oncle maternel représente l'autorité
Cela induit que l'homme qui représente le partenaire sexuel de la mère n'est pas assimilé à l'autorité. Les interactions sexuelles sont bien distinctes des relations de domination



    Certaines associations pour handicapés revendiquent le droit au sexe pour leurs membres. Humainement, il est difficilement envisageable qu'une personne soit privée de relation sexuelle sous prétexte d'une infirmité. Cette préoccupation est louable, mais s'appuie sur un biais qui ferait du sexe un simple produit de consommation. Or il en va des relations sexuelles comme des relations affectives, elles s'établissent dans un échange librement consenti entre deux ou plusieurs personnes. On ne fait pas cas des personnes en manque affectif et on ne loue pas des amis pour compenser ces manques. Vous m'objecterez que les psys ont un peu ce rôle, mais les psys ne s'engagent pas affectivement. Ils sont une oreille. Pourquoi une personne devrait-elle se plier à des relations non consenties pour combler le manque d'une autre ? Cette personne est-elle de moindre valeur ? Et la personne ainsi satisfaite, est-elle réellement comblée dans une relation sans amour, sans envie ? N'est-ce pas un leurre ? Autant de questions auxquelles je vous laisserais répondre.


  • Qui sont ces femmes qui se prostituent ?


     Dans la plupart des cas, lorsqu'on parle de prostitution non consentie, on pense à toutes ces femmes expatriées, arrachées à leur famille, leurrées, appâtées par le rêve d'une vie meilleure, par un prince charmant qui se révèle manipulateur, qui les retient en leur confisquant leurs papiers d'identité, leurs passeport, qui les font plonger dans la drogue etc. Ces femmes vivent déjà dans une telle misère sociale qu'il est d'autant plus facile de les attirer. On pense également aux femmes qui disparaissent, kidnappées par un réseau de prostitution. Le problème est suffisamment grave à lui seul pour justifier qu'on lutte contre de telles pratiques.


La drogue, l'alcool

     C'est une conséquence bien souvent de la maltraitance dans l'enfance, et cela contribue à passer le cap de la prostution pour combler son manque, avoir sa dose. Contrairement à une idée reçue, les femmes qui vivent dans la prostitution ne roulent pas sur l'or que leur rapportent leurs passes. Une grande partie de leurs dépenses est investie dans ces substances qui leur permettent de supporter l'impensable, quand elles n'ont pas été forcées à se droguer par leur proxénète afin qu'il puisse garder une main mise sur elles.


les victimes de violences sexuelles dans l'enfance
     
Michaela Huber, psychologue et directrice de la société allemande pour le traumatisme et la dissociation : "La prostitution n'est en aucun cas un métier comme un autre. Elle est affaire de dégradation, de torture et d'exploitation. Les prostituées vivent beaucoup d'horreurs et de dégoût qu'elles doivent réprimer afin d'arriver à survivre. "
      Qui conçoit même l'idée de vendre son corps ? Comment peut-on supporter une telle violence ?


     Une mauvaise image de soi

     La condition préalable à ce geste est une aliénation de son propre corps. C'est lorsque vous-mêmes en êtes arrivé à considérer votre corps comme un simple objet que vous pouvez le marchander. On ne parle pas de travail à la chaine, on parle de se laisser pénétrer encore et encore dans son intimité la plus profonde par des corps non désirés.
     Selon une étude de Melissa Farley (2003), 55 à 90% des prostituées ont été victimes d'agressions sexuelles dans l'enfance et 59% de maltraitance.


    La  dissociation

- elle court-circuite des fonctions intégratives lorsque le stress devient insupportable
- la conscience est altérée
- il y a une amnésie du moment, voir de ce qui entoure le moment traumatique
- il s'effectue un blocage des sentiments (plus de peur ou de colère)
- la perception est perturbée (sensation d'être dans un brouillard)
- s'ajoute à cela des troubles de l'identité (on ne sait plus qui on est, on joue un rôle)



Qu'en est-il de la notion de choix ?

     Pour permettre à des personnes étrangères de pénétrer son corps, il est nécessaire de supprimer des sentiments naturels : peur, dégoût, mépris, auto-condamnation... A la place de ces émotions, les prostituées mettent en place indifférence, neutralité et une conception fonctionnelle de la pénétration. Elle font une réinterprétation de cet acte pour en faire un travail. Comment, dans ces conditions, dans ces états de conscience aussi troublés, une femme peut-elle être réellement libre ? Comment peut-elle assumer de faire un "métier" qui nuit tant à son estime d'elle-même ? Souvent, c'est bien après en être sortie qu'une femme peut témoigner de l'enfer dans lequel elle était prisonnière, qu'elle peut réaliser ce qu'elle a fait endurer à son corps, qu'elle peut comprendre qu'elle a reproduit le schéma qu'on lui a fait intégrer d'elle-même par le biais de la maltraitance, à savoir qu'elle ne méritait pas mieux, qu'elle ne valait pas plus qu'un objet, que c'était par ce seul sacrifice qu'elle pouvait recevoir une attention, une validation de son corps, de son être, une pseudo-affection.


les actrices porno subissent-elles moins de violences ?
   
    Dans cet article de Gamekult "la face cachée de la pornographie" qui est très bien écrit, on constate que le sort des actrices porno n'est pas meilleur que celui des prostituées. De plus, plusieurs études confirment que les personnes entrant dans la pornographie ont majoritairement été victimes de maltraitance sexuelles, physiques ou psychologiques et présentent les mêmes symptômes de dissociation.
     Je comprends que l'on puisse être attiré par des images ou des films pornographiques, que cela puisse stimuler la libido ou combler un vide relationnel, mais dans ce cas, je ne saurais que vous conseiller de vous orienter vers des films amateurs dans lesquels le consentement des protagonistes ne fait aucun doute. Cela vous permettra de ne pas cautionner et ainsi ne pas contribuer à ce marché de la violence et de la mort.

  • Quels sont les risques ?

Des risques similaires dans la prostitution et la pornographie

   Au-delà de la violence physique et psychologique exercées par le proxénète ou le producteur du film pornographique, par les clients de la prostitution, au-delà des traumatismes physiques et psychologiques et des symptômes qui s'y rattachent, ces femmes encourent de graves risques sanitaires liés à leur précarité (impossibilité de se faire soigner correctement après une lésion physique), une exposition quotidienne aux MST, une majorité des films porno n'ayant pas recours aux préservatifs. S'ajoutent à cela des risques secondaires dus aux conséquences des prises de drogues ou d'alcool, un isolement social qui les rend encore plus vulnérables etc... Et que deviennent-elles quand le marché du sexe ne "veut" plus d'elles ? 


Conséquences d'une société influencée par la pornographie

    Les femmes non prostituées subissent une pression de plus en plus intense pour fournir les mêmes prestations que ce qui est représenté dans la pornographie. 
   L'Etat du Nevada dans lequel la prostitution est légale enregistre un plus grand nombre de viols que la moyenne nationale (Rapport du FBI Uniforme Crim Report). Il en est de même en Suède.
   L'exposition à la pornographie augmenterait de 22% les risques d'agression sexuelles et de 33% l'adhésion aux mythes du viol.


  • Quelles solutions apporter pour éviter cela ?
     L'une des premières choses à prendre en compte dans ce domaine, c'est l'extrême méconnaissance des jeunes et des moins jeunes en ce qui concernent leurs droits, les droits de l'autre dans une relation. Combien de femmes acceptent une relation sexuelle parce qu'elles pensent qu'une fois qu'elles ont accepté un certain rapprochement elles ne peuvent plus dire non ? Cette connaissance passe par un apprentissage de ses droits, des droits au respect de soi, à ses limites, au fait que l'on peut dire non, stop, à tout moment, même au cours d'un acte sexuel. Cela doit s'accompagner d'un apprentissage des émotions, la prise en compte de celles de l'autre, de son respect.

    Ensuite, puisque la majorité des prostituées sont d'anciennes victimes de maltraitance dans l'enfance, cela révèle une trop faible prise en charge des violences faites aux enfants, une négligence de l'ampleur de ces maltraitance et une persistance de l'idée selon laquelle le recours à la violence est un mal nécessaire pour éduquer son enfant. Les études montrent pourtant que c'est le contraire que l'on observe. Une personne ayant subi des violences éducatives, familiales, qu'elles soient physiques ou psychologiques, a plus de risques de reproduire ces actes à l'âge adulte, de reporter sa violence sur une victime plus faible et d'entrer dans la délinquance. Un enfant a le plus de risque de mourir sous les coups de ses parents que d'accidents domestiques. Je vous renvoie à nouveau à Alice Miller "C'est pour ton bien", pour détailler ce sujet.

   Enfin, d'un point de vue législatif, certains pays ont opté pour la légalisation de la prostitution au moyen de maisons closes (l'Allemagne notamment). Mais on peut se demander comment une femme pourrait être en sécurité dans un lieu fermé, à la merci de plusieurs hommes qui se sentent investis de tous leurs droits sur elle. De plus, il s'agit de lieux d'exploitation économique où les femmes sont censées rembourser une location et payer leur proxénète avant de toucher le moindre euro. Et l'on constate que ces lieux ne sont pas particulièrement surveillés d'un point de vue sanitaire, ces femmes vivent le même isolement et dans la peur d'être jetées quand elles ne seront plus au "goût des clients".

   Est-ce qu'une sanction des clients ou même une condamnation ou une obligation de suivi psychologique permettraient d'endiguer ce phénomène ? Je ne sais pas mais cela semble plus juste que ce soit à ceux qui exploitent ces femmes sans aucune culpabilité d'en payer les conséquences.


    Les promoteurs des "travailleuses du sexe" sont majoritairement des femmes blanches, de classe moyenne qui prennent pour acquis que le choix est un concept évident. Mais peut-on parler de travail lorsque l'on voit les implications psychologiques d'une telle activité ? Combien de prostituées sont-elles réellement heureuses de cette situation (si l'on exclut celles qui sont dans le déni et qui ne réaliseront que lorsqu'elles en seront sorties) ? Est-ce qu'une minorité de cas de prostitution choisie et bien vécue doit masquer l'ampleur de la catastrophe sanitaire qui se joue pour autant de femmes ?

vendredi 8 avril 2016

Parlons manipulation

    




 Que ce soit dans le livre d'Alice Miller, par rapport aux dérives zèbres ou bien en lien  avec la CNV, l'une des grandes craintes est la manipulation. En quoi se distingue-t-elle de la pédagogie ? Pourquoi et comment elle se met en place ? Comment réussir à ne plus lui donner de prises ?



  • Peut-on confondre manipulation et pédagogie ?



     La pédagogie a pour objectif d'accélérer la progression et de rendre autonome. Mais cette intention n'est pas suffisante pour la distinguer de la manipulation. Il est important qu'elle prenne en compte les capacités de l'autre, qu'elle ne joue pas sur ses failles, qu'elle ne le mette pas en danger psychique.

    La manipulation consiste à conduire une personne à faire une action qu'elle n'a pas vraiment envie de faire pour des raisons d'intérêt personnel ou de compétences matérielles, intellectuelles ou psychologiques.

     Certains pédagogues, cependant, admettent l'utilisation de ce qu'ils appellent la "ruse éducative" qui est une technique d'influence indirecte qui inclue occasionnellement le recours au mensonge. Philippe Meirieu l'intègre dans ses cours de pédagogie "l'histoire des doctrines pédagogiques". La frontière est ténue entre l'influence légitime qui peut conduire à l'autonomie et l'emprise abusive qui engendre la soumission. Le dialogue, la transparence dans la communication et l'argumentation franche restent primordiales en termes d'influence éducative.

Rousseau disait : "Il n'y a point d'assujettissement si parfait que celui qui garde l'apparence de la liberté. On captive ainsi la volonté même. Sans doute, il ne doit faire que ce qu'il veut, mais il ne doit vouloir que ce que vous voulez qu'il fasse".

La ruse s'appuie donc sur plusieurs choses :
. La scène de l'action :
     - dissimulation
     - imprévisibilité
     - anticipation
     - sens de l'adaptation
. Le contrôle de soi :
     - microruses comportementales
     - regards
     - mimiques
     - paroles

a) Les techniques paradoxales
     Ce sont des techniques utilisées en psychologie. Elles consistent en influencer l'autre en prenant soin de ne pas le contredire. C'est-à-dire que l'on reprend ce que dit l'autre ou bien la situation dans laquelle il se trouve et on le transfère dans un autre contexte physique ou émotionnel afin de l'influencer.
     On peut aussi reformuler ce qu'il dit ou la situation en l'amplifiant, en faisant mine de le conforter  (ex: dire à des élèves qui bavardent : "Bavardez !" -> arrêt net des bavardages). 

b) Théorie de l'engagement
     Ce sont principalement des pratiques commerciales. J'imagine ça comme coincer le pied dans l'entrebâillement de la porte du pigeon potentiel. Cela se passe en deux temps. Dans un premier temps, on propose des cadeaux engageant moralement l'autre, qui s'est prêté au jeu, à accepter le deuxième temps. C'est une amorce qui donne un sentiment fictif de liberté : don/contre-don.

c) Influence mimétique
   Il s'agit de l'apprentissage par imitation et qui est naturel chez une grande partie des mammifères (langage, techniques de chasse...). Mais si on a recours à l'émulation, cela devient une ruse pour pousser plus loin l'autre dans ses limites.

d) Rôle de l'obstacle
     Ce qui est rare et difficile à acquérir éveille le désir. La tâche ne doit pas être trop facile sous peine de démotiver l'élève, mais elle ne doit pas sembler hors de portée non plus. Il faut une adéquation entre l'obstacle et le but désirable (ex: enjeu narcissique = envie de briller, besoin d'avoir raison).




  • Qu'est-ce qui conduit à la manipulation et sur quelles techniques elle s'appuie ?


     Le but de la personne qui a recours à la manipulation est de conduire l'autre à se conformer à une chose pour laquelle il ne serait pas consentant dans un contexte normal. Cela peut être conscient, comme on l'a vu dans la "ruse éducative" ou inconscient pour combler un besoin le plus souvent narcissique (cf. Alice Miller et la partie "Besoin" de la CNV). Une personne qui manipule est assez douée en interprétation des implicites de l'autre. On dit souvent qu'elle n'a pas d'empathie, mais je ne le pense pas. Selon moi, elle utilise son empathie pour savoir ce que veut l'autre, et s'en servir à son propre bénéfice.

     Pour cela, le manipulateur joue sur tout un panel de techniques.

a) les strutures émotionnelles et psychologiques sur lesquelles il va jouer :
- personnes sensibles et émotionnelles : il joue avec leurs émotions, il fait en sorte qu'elles aient de la compassion pour lui
- personnes qui ont un fort sentiment de culpabilité : il joue dessus, leur rappellent leurs dus, exagère leurs responsabilités
- personnes sensibles aux approches rationnelles : il prépare des arguments qui s'enchainent selon une logique qu'il a prévue, il utilise la persuasion

b) maîtriser ses émotions ou simuler des émotions factices
La personne qui manipule peut paraître très distanciée émotionnellement et elle va utiliser le recours à l'émotion pour faire pression sur l'autre et le déstabiliser. Elle peut tout aussi bien feindre la colère que la tristesse profonde mais contrairement à une personne normale, elle sort de cette émotion d'une façon soudaine et surprenante pour reprendre la maitrise de son discours.

c) Imiter le comportement de l'autre
C'est une technique qui fait ressentir à l'autre une proximité, une impression de compréhension mutuelle. Il imite ses gestes, ses paroles, lui fait penser qu'ils appartiennent au même groupe, et ainsi suscite sa confiance.

d) Donner de l'importance à l'autre
Elle vous fait sentir exceptionnelle, rare, elle vous regarde dans les yeux, vous montre l'envie de mieux vous connaitre, apprécie vos propos, partage vos gouts etc... tout cela dans le but de créer une proximité et une valorisation narcissique qui fait que cette relation vous apporte une forme de reconnaissance de vous-même. Mais cela au prix de quels retours ? Que devez-vous faire pour ne pas la décevoir ? La relation est-elle équitable ?

e) Enchainer demande démesurée et demande raisonnable, inspirer la crainte puis le soulagement
En gros, jouer sur le décalage pour faire accepter une demande moindre mais tout de même abusive. Souffler le chaud et le froid. Vous complimenter un jour sur vos capacités et vous casser le lendemain pour les mêmes capacités.

f) Echanger un service par un autre de moindre valeur
Déséquilibrer l'échange tout en insinuant que c'est un échange équitable en jouant sur votre incompréhension de la valeur réelle de son sacrifice.

g) Maintenir une forme d'ignorance
Il reste évasif sur ses motivations, suggère que vous n'avez pas tous les éléments pour comprendre mais qu'il ne vous les donne pas pour vous protéger, il noie les informations dans un flot qui ne vous laisse pas le temps de réfléchir posément, vous embrouille la tête de choses parfois contradictoires avec l'affirmation de la logique de son raisonnement.




  •  Comment s'en protéger ?



   Face à la manipulation, on se sent souvent démuni, on doute de soi, on est parfois épuisé psychiquement et on a du mal à faire la part des choses. La première chose est de ne pas rester isolé. Si vous n'avez pas d'amis proches, votre médecin ou un psy peuvent vous écouter. Ensuite, n'hésitez pas à noter les éléments qui vous indiquent que vous subissez une pression.
   Lorsque vous ne pouvez pas faire autrement et que vous devez lui faire face, il y a plusieurs choses à comprendre.

a) Connaître vos propres failles
C'est le but de mon article sur Alice Miller. Cela permet de comprendre ce qu'il se joue en nous, les contraintes que l'on a introjectées et qui justifient à nos yeux notre "sacrifice". Comprendre si l'on est touché par des contraintes émotionnelles, par le sentiment de culpabilité, par la crainte de l'autorité afin de prendre du recul et de faire la part de nos propres responsabilités et de celles qu'il tente de nous imposer.

b) Comprendre comment se met en place la relation
Ce qu'il faut comprendre, c'est que la relation va évoluer progressivement. Il va commencer par de petits abus qui vont lui permettre ensuite d'amorcer des abus de plus en plus grands, parce qu'une fois qu'on a commencé à investir de soi dans une relation, on a beaucoup de mal à y renoncer. Aussi, on peut avoir honte et vouloir à tout prix se prouver qu'on se trompe, qu'on ne peut pas avoir été abusé comme ça. De plus, il est capable de justifier certaines de ses actions par les actes que vous avez pu commettre (ex : si vous avez accepté d'entrer dans l'illégalité, il va pousser de plus en plus loin en exagérant le risque de vous arrêter maintenant).

c) Exprimer posément et clairement son refus
Ne pas lui laisser la moindre faille de doute de votre refus. C'est en ce sens que la CNV ne peut pas permettre de communiquer dans cette situation.

d) Différer sa réponse
En face de lui, vos émotions peuvent brouiller vos capacités de raisonnement. La peur, la culpabilisation, la déception peuvent vous empêcher de répondre comme vous le voudriez ou de formuler clairement une réponse sur laquelle il n'aura pas de prises. Il ne faut donc pas hésiter à lui dire : "je vais y réfléchir" sans donner de délai de réponse sur lequel il pourrait mettre la pression et en n'hésitant pas à demander l'aide de quelqu'un pour débriefer.

e) Si vous acceptez pour éviter le conflit, imposez une contrepartie
"Ca ne m'arrange pas" permet de montrer que vous faites un effort et qu'il devra en faire autant. Faire une demande en retour permet de rééquilibrer l'échange, et s'il refuse, refusez également.

f) Poser les limites de soi avec tout le monde
Si, quelque soit la personne en face, quelque soit la situation, vous arrivez à toujours prendre en compte vos propres limites, si vous réagissez au moindre abus en expliquant que non, vous n'acceptez pas de faire cela ou qu'on vous le fasse, vous diminuerez les risques d'entrer dans des relations inéquitables et les gens qui vous côtoieront sauront comment se comporter avec vous, ce qui leur permettra de vraiment vous connaître et de vous apprécier pour ce que vous êtes vraiment et non pour ce que vous êtes prêt à faire pour elles.

g) Avoir conscience de ses droits
Comprendre que vous avez, comme tout le monde, le droit d'exister, le droit d'être pris en compte par les autres, le droit de dire non, d'être écouté, d'avoir des besoins, de ne pas être parfait, de ne pas répondre à ce qu'on attend de vous sans risquer d'être abandonné, d'avoir des exigences, d'être parfois pénible ou en colère ou déçu ou blessé ou susceptible, d'être égoïste.



     Donc, que le manipulateur soit pervers ou non, qu'il ait l'intention de nuire ou simplement de combler ses propres besoins au détriment des autres, nous devons apprendre à mettre une armure autour de soi, comme une bulle dans laquelle personne ne rentre. Toute pénétration dans cet espace personnel justifie une réaction qui peut être violente, réflexe, défensive. 

mercredi 6 avril 2016

La CNV : nécessaire ou pas ?


     La CNV (communication non violente) date des années 60. Marshall B. Rosenberg s'est inspiré de la pensée de Gandhi et de Krishnamurti. C'est une marque déposée. Mais quel est son but, comment ça marche, quelles en sont les limites ? Est-ce un simple produit marketing ou bien apporte-t-elle vraiment quelque chose dans nos relations ?

  • À quoi sert-elle ?

 

     C'est un outil de communication principalement verbal qui a pour but la résolution de conflits en mettant en place des relations basées sur l'empathie, la compassion, la coopération harmonieuse et le respect de soi et des autres. Que c'est beau...
Elle est beaucoup utilisée dans les relations d'aide, d'accompagnement, de médiation et....de coaching. Tiens donc !
     De plus, elle se combine avec d'autres outils thérapeutiques dont certains sont controversés :
- le coaching
- la Gestalt therapie : centrée sur la manière dont la personne s'ajuste à l'environnement et aux autres
- l'analyse transactionnelle : qui postule des "états du moi" (Parent/Adulte/Enfant)
- la PNL (programmation neurolinguistique) : qui vise à construire des modèles de comportements, à mettre en place des techniques pour augmenter l'habileté relationnelle
- la thérapie systémique : qui aborde la personne au niveau individuel mais aussi environnemental en interprétant les troubles psy comme étant des adaptations normales adapté à un contexte et un environnement défaillant.


  • Sur quoi se base-t-elle ?



    La PNL se base sur la notion de besoins qui se trouvent être le noeud entre les actions des autres et nos sentiments. Quand il y a conflit, c'est parce qu'il y a insatisfaction d'un besoin dans la relation. 



     Les besoins sont universels, indépendants du contexte, et conduisent à agir vers une amélioration. Il existe une infinité de manière de les satisfaire. 

Liste des besoins :
- physiologiques, bien-être physique
- sécurité
- empathie, compréhension
- amour, intimité 
- jeu, distraction
- repos, détente, récupération
- autonomie
- sens, spiritualité 



  • Comment fonctionne-t-elle ?

  





  • Ses limites

 

Le processus de la CNV peut être utilisé de trois manières :
. Communiquer avec soi-même pour clarifier ce qui se passe en soi (auto-empathie)
. Communiquer avec l'autre d'une manière qui favorise la compréhension et l'acceptation du message
. Recevoir un message de l'autre, l'écouter d'une manière qui favorise le dialogue quelle que soit sa façon de s'exprimer. 

En ce qui concerne la première manière, il n'y a rien à redire, c'est plutôt sain de comprendre ce qui se passe en soi. Mais pour les deux autres façons d'utiliser la CNV, deux problèmes majeurs me semblent à noter.


a) manipuler autrui

 

La CNV vise à faire accepter à l'autre une demande. Il est expliqué qu'elle n'est efficace que quand le groupe ou la personne en face ignore le processus de communication dans lequel on interagit
Je ne sais pas vous, mais pour moi, tout de suite, je me dis que c'est de la manipulation. En gros, on nous conseille de bien identifier nos besoins, de bien connaître le vocabulaire pour exprimer nos sentiments (utile si on veut jouer sur la corde sensible) afin de pouvoir effectuer une demande en utilisant des stratégies afin que la personne en face soit dans une attitude positive pour recevoir cette demande. 
Vous me direz qu'il est précisé que dans une demande, à l'inverse d'une exigence, la personne est en droit de refuser, et cela ne doit pas entraîner de frustration, c'est une conséquence envisagée d'avance. Certes, mais tout de même... La limite est plutôt floue et d'ailleurs beaucoup enrobent leurs phrases de délicatesse avec pour seul objetif, en flattant l'autre, de parvenir à leurs fins.
Cela pourrait s'apparenter à de la pression affective cachée donc...


b) être manipulé 

 

Je ne sais pas si vous avez déjà discuté avec une personne à tendance abusive. Pour ma part, j'ai une assez grande expérience de la chose et je peux vous dire qu'une telle personne, si vous faites des demandes enrobées dans de la délicatesse, fera mine de ne pas comprendre. Le simple fait que, dans la CNV, la demande puisse contenir l'implicite que l'autre peut refuser est un levier idéal pour ce genre d'abus. En effet, si vous dites à une personne abusive : j'ai besoin d'être écoutée, elle a vite fait de feindre que cela ne lui est pas adressé en propre. En revanche, comme elle est très sure de ses besoins, elle va profiter du fait que vous vous dévoiliez pour cerner des failles sur lesquelles elle pourra appuyer. 
Dans ce genre de situations, mieux vaut, donc, être capable d'être ferme et déterminé pour poser la limite du respect de soi.



Pour terminer, on peut se poser la question, finalement de l'utilité réelle d'une telle méthode étant donné qu'elle ne s'applique que dans les situations les plus simples. Et dans ces cas là, nos ancêtre n'avaient ils pas eux-mêmes une méthode amplement suffisante ? La politesse.

lundi 4 avril 2016

Dissociation et sentinelle

Il y a très longtemps, une toute petite fille habitait dans un corps. Ce corps, petit, léger, lui appartenait. Elle pouvait sauter, danser et même voler avec ce corps, il lui suffisait de le vouloir. Elle pouvait aussi entrer en communication avec d’autres petites filles habitant d’autres corps de la même taille que le sien. Sa vie était un jeu. Elle testait toutes les possibilités de sa machine qu’elle contrôlait d’une simple volonté. Elle vivait en symbiose avec ce corps qu’elle trouvait beau, comme un ange asexué, ni homme, ni femme, ni fille, ni garçon. Pourquoi ? Il y a des corps faits différemment de ce corps qu’habite la petite fille ? Non, ce n’est pas possible ! Bon, oui, il y en a qui ont des cheveux longs, d’autres des cheveux courts, qui mettent des pantalons ou d’autres des jupes. Mais tout ça n’est que superficiel. De toutes façons, ils sont tous habités par des petites filles.

Il y a très longtemps, mais moins longtemps quand même, la petite fille aimait une autre petite fille qui habitait dans un corps plus grand. Cette autre petite fille regardait à travers le petit corps et voyait la fillette cachée qui réclamait l’amour. Parce que toutes les petites filles rêvent d’amour, l’amour qui peut les aider à guider ce corps dans sa croissance. L’amour inconditionnel, sans soucis du superficiel. L’amour pour la vraie petite fille aux commandes du corps.

Mais un jour, la petite fille dans le corps plus grand a profité de la confiance de la petite fille dans le corps petit. Etait-ce vraiment une petite fille dans ce grand corps ? C’était peut-être plutôt un loup-garou comme dans les histoires qu’on raconte. Mais non, le loup-garou, il est dans la forêt et c’est quelqu’un qu’on ne connaît pas, alors que la petite fille du grand corps, elle la connaît, elle la connaît très bien même, elle l’a toujours connue...je crois. Que s’est-il passé pour que cette petite fille, ce loup-garou, essaie de prendre le contrôle sur le petit corps ? Comment a-t-il pu dire à la petite fille du petit corps « Tu ne sais pas faire avec ton petit corps, je vais te montrer, moi, comment tu peux le contrôler ! Tu vas voir, tu vas t’amuser comme jamais, il va réagir comme un corps de grand. » Nooooooon ! Laisse-moi mon corps, je veux pas qu’il soit comme un corps de grand, je veux pas choisir entre fille ou garçon, je veux juste être une petite fille. Mais qu’est-ce que tu fais ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Mon corps réagit à tes contrôles et plus à mes volontés. Tu n’as pas le droit de contrôler mon corps, tu n’es même pas dedans pour voir ce que ça lui fait ! Enlève tes mains ! Comment tes mains, de l’extérieur, pourraient-elles prendre possession de la salle de commandes alors que personne ne peut commander aux petites filles de faire ce qu’elles ne veulent pas ? Ce corps n’est donc plus le mien ? Je ne comprends pas ce qu’il fait. Ca y est, il est trop  grand pour moi. Son programme est trop compliqué, je ne comprends plus son informatique. Quand je lui dis « souris », il se met à pleurer. Quand je lui dis « écoute », ses oreilles bourdonnent et je ne comprends pas ce que disent les autres corps. Quand je lui dis « réponds », il sort une phrase au hasard et les regards des autres semblent surpris. J’ai envie de crier « Je suis toute petite, là- dedans ! Et ce corps n’est pas celui qu’on m’avait donné au départ ! Je ne sais pas le faire marcher, il fait n’importe quoi ! Aidez-moi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?» Mais personne ne m’entend. Alors je laisse tomber les commandes, je le mets sur pilote automatique, quitte à ce qu’il ait l’air d’un robot, et qu’il ait l’air idiot, et je m’effondre, je tombe au fond de ce corps trop grand, qui devient toujours de plus en plus grand, de qui on attend toujours plus et qui a décidé d’être féminin. Mais pourquoi m’a-t-on donné le corps d’une proie ? C’était si facile de n’être ni prédateur, ni proie. Mais non, voilà, j’ai compris. L’autre corps qui a pris possession de mon petit corps asexué était en fait un prédateur. Il a cassé une partie de mes commandes, celle qui m’aurait permis de me défendre, celle qui savait être forte, pour ne laisser que la partie la plus fragile, la plus facile à contrôler de l’extérieur. Je me suis faite avoir ! Dans les autres corps, il n’y a pas que des petites filles, il y aussi de grands méchants loups, et ils sont malins, ils savent te montrer patte blanche. Comment savoir alors dans quels corps sont les petites filles et dans quels corps sont les loups ? On pourrait croire que c’est facile : corps d’hommes = loups, corps de femmes = petites filles ! Mais c’est faux.

En effet, après quelques années encore, la petite fille allait découvrir qu’un corps de femme, celui de sa propre mère, celui de sa grand-mère, et de bien d’autres encore, pouvait cacher un loup de la pire espèce. Un loup qui n’a pas besoin de toucher son corps pour le contrôler. Un mot, un regard suffit pour faire faire à ce corps n’importe quoi. Et personne autour ne voit rien. C’est si facile, la petite fille est si petite, et elle a si peur.

Aujourd’hui, cette petite fille, qui a passé la plus grande partie de sa vie à se cacher dans un corps trop grand, qu’elle ne contrôlait plus, essaie de crier à nouveau. Plus fort.

Dans l’isolement de sa chambre, elle essaie les commandes. Elle ne laisse jamais la place à l’improvisation. Elle ne lâche jamais les commandes, ne s’octroie jamais une pause, de peur que ce corps ne fasse à nouveau n’importe quoi. Elle est fatiguée mais elle reste toujours sur le qui-vive, toujours les yeux ouverts. Même quand elle laisse se reposer le corps, elle ne s’assoupit pas de peur qu’un autre essaie à nouveau de la posséder.

Surtout ne jamais fermer les yeux, ne jamais se laisser aller. Elle ne joue plus avec son corps, elle ne lui laisse aucun espace de liberté. Mais elle regrettera toujours le temps, il y a très longtemps, où ce corps était petit et asexué, et où elle pouvait jouer avec lui en toute liberté, le temps où il répondait à chacune de ses volontés. 

 

dimanche 3 avril 2016

Synthèse "le drame de l'enfant doué" d'Alice Miller



     

     Parce que cela m'a vraiment apporté des clés de compréhension de ce que je vivais et constatais que d'autres également autour de moi, notamment ceux qui se reconnaissent dans les descriptions de zèbres, j'ai décidé de vous donner un petit condensé des principaux points abordés par Alice Miller dans ce livre. En espérant qu'il vous permette aussi d'avancer et de vous détacher de cette pression qui ne vous appartient pas.


  • L'enfant a des besoins fondamentaux :


1. D'être pris au sérieux, d'être considéré pour ce qu'il est, afin qu'il développe un sentiment de soi sain, un narcissisme sain.
2. Ce qu'il est correspond à ses sentiments, ses sensations et leur expression. C'est le sentiment profond de son identité. 
3. Lorsqu'il est dans une atmosphère de respect et de tolérance de ses sentiments, il peut abandonner la symbiose avec la mère et aller vers l'autonomie et l'individuation.


Les besoins narcissiques normaux de l'enfant sont :
- l'investissement narcissique d'un objet qu'il considère comme une partie de lui-même. il ressent de la déception ou le sentiment d'être blessé quand l'autre ne se comporte pas comme il l'attend ou en a besoin. 
- la mère est le premier objet investi narcissiquement avec une phase symbiotique puis une lente séparation entre soi et l'objet. 
- un besoin légitime d'être vu, compris, respecté pris au sérieux par sa mère.

Le narcissisme sain

    Dans une atmosphère familiale saine, la mère se laisse "utiliser" comme fonction du développement narcissique de son enfant.  Le climat affectif est accueillant, comprend les besoins de l'enfant (la mère ou si elle le permet d'autres personnes).
     On peut avoir un sentiment de soi sain si on a la certitude que les sentiments ou désirs ressentis appartiennent à son propre soi. Dans ce contexte, l'enfant peut vivre et exprimer ses sentiments : tristesse, désespoir, besoin d'aide, sans peur d'avoir insécurisé l'introject maternel.
Il a le droit d'avoir peur s'il est menacé, le droit de ressentir de la colère quand il est soumis à la frustration. 

Les critères d'un narcissisme sain sont :

1. Les pulsions agressives sont neutralisées car elles n'ont pas ébranlé l'assurance de la mère et son respect de soi
2. Les tentatives de quête d'autonomie de l'enfant ne sont pas ressenties comme des agressions.
3. L'enfant a le droit de vivre jusqu'au bout sa jalousie, sa colère, son obstination. 
4. L'enfant ne doit plaire à personne, il peut montrer ce qui vit en lui à chaque stade de son développement. 
5. Il peut utiliser ses parents comme un enfant le doit car ses parents ne dépendent pas de lui mais lui dépend d'eux.
6. Il y a une vraie séparation de soi et de la représentation de l'objet. 
7. Il a le droit de montrer ses sentiments ambivalents bons/mauvais sans avoir à les séparer (contradictions internes normales) 
8. Les parents aiment leur enfant en tant qu'être autonome.



  • Dans une situation insecure :


     La mère n'est pas sure émotionnellement. Son équilibre dépend d'un certain comportement de son enfant. L'enfant développe une aptitude à sentir, de manière inconsciente, ce besoin de la mère (ou parents) et le satisfait. Remplir cette fonction lui apporte ce qu'il confond avec l'amour. Ce besoin de lui que vit sa mère assure sa survie.  Ces enfants deviennent les mères (confidents, soutiens, consolateurs, conseillers, substituts affectifs) de leur mère.

Cela le conduit à un sensorium particulier pour les signaux inconscients des besoins des autres.

Conséquences :

1. Impossibilité de vivre ses propres sentiments (jalousie, colère, sentiment d'abandon, sentiment d'impuissance)
-> déni, renversement dans le contraire (sentiment que ce sont les autres qui ont besoin de lui), renversement de la douleur passive en comportement actif, introjection (internalisation du parent censeur), intellectualisation.
-> refoulement

2. Développement d'une personnalité fictive, d'un "faux soi" : il développe une attitude conforme à ce qu'on attend de lui. Le vrai soi ne peut se différencier car il ne peut être vécu. 
-> sentiment de vide, d'absurdité
-> anéantissement partiel de ses propres possibilités 

3. Permanence du lien qui empêche la délimitation par rapport à ses parents. L'enfant ne peut se fier à ses propres sentiments car il n'en a pas fait l'expérience (essai/erreur)
-> il est aliéné de lui-même, il a besoin de la confirmation de ses partenaires.

Il reçoit un amour biaisé sur l'enfant projeté et non sur lui réellement. 

Cela peut conduire à une forme de dissociation. Exprimer ses fantasmes sains d'être au centre de l'attention, des regards de ses parents, en prendre conscience, met fin à la dissociation. 


  • Description des troubles narcissiques


Les troubles narcissiques peuvent se révéler de deux façons différentes :

1. La dépression :

- sentiment de vide intérieur, d'isolement, d'absurdité de l'existence. Angoisse de la pauvreté et de la solitude due à l'aliénation de soi.
- grandiosité dans une forme de masochisme moral : critères particulièrement rigoureux qui ne valent que pour lui
- pensées ou actes considérés comme vils ou mauvais pour lui mais tolérés pour les autres (les autres peuvent être ordinaires, lui ne se le permettra jamais)

1. Il se moque de ses sentiments, les excuse, les minimise. Il ne prend conscience de ses émotions que plusieurs jours plus tard quand elles ont disparu, voire il n'en prend pas du tout conscience. 

2. Il se voit à travers les yeux des autres, se demandant quel effet il produit, comment il devrait être, quels sentiments il devrait ressentir. 

3. Le vrai soi est dans un état de non communication car il doit être protégé. L'enfant ne sait pas ce qu'il cache. 

     La dépression et le vide intérieur sont le prix qu'il paye ce contrôle. 
     Le vrai soi ne peut communiquer, car il est resté à l'état inconscient et ne s'est pas développé, il est dans une prison intérieure. Sa sensibilité, sa faculté de comprendre les autres, d'avoir des sentiments intenses et différenciés, le prédestinent à être utilisé, parfois de façon abusive, par des êtres ayant des besoins narcissiques insatisfaisants. 
     Si l'analyste n'en a pas conscience ou s'il transfère son besoin narcissique sur le patient, le patient peut effectuer un travail fictif pour contenter son analyste.


2. La grandiosité :

- besoin d'être admiré 
- s'admire lui-même pour ses qualités, sa beauté, son intelligence, son talent, ses réussites et ses performances
- dépression s'il perd une de ses qualités, ce sentiment de grandiosité est comme suspendu dans l'air.
- il n'a rien développé qui lui appartienne en propre où il aurait pu trouver un appui
- il investit narcissiquement ses partenaires. Les autres sont là pour l'admirer -> dépendance torturante. Tant qu'on admire ses qualités, on ne l'aime pas pour ce qu'il est vraiment. 
- il est responsable de la fierté ou de la honte de ses parents. 
- il recherche l'admiration de manière insatiable mais qui ne le comble pas vraiment puisque différent de l'amour vrai.
- il est jaloux de ceux qui n'ont pas à être admirés 
- le respect de soi dépend de ses qualités, performances, fonctions qui peuvent s'effondrer. 
- il recherche un partenaire dépressif à côté duquel il brille et qui l'admire.



Les points communs entre ces deux profils qui peuvent basculer de l'un à l'autre selon le contexte :

- faux soi avec perte du vrai soi potentiel
- fragilité du respect de soi dépendant de la réalisation du faux soi au lieu de naître de la capacité de ressentir ses propres sentiments. 
- perfectionnisme : idéal du moi très élevée. 
- déni des sentiments méprisés
- prépondérance des investissements narcissiques des objets
- dispositions à s'adapter nées de la peur de la perte d'amour
- envie à l'égard des êtres sains
- fortes pulsions agressives, détachées donc non neutralisées 
- grande vulnérabilité aux humiliations
- tendance aux sentiments de honte et de culpabilité 
- inquiétude, agitation continuelle



    Une mère ne peut être compréhensive que lorsqu'elle s'est libérée de son enfance et ne peut faire autrement que de réagir sans empathie lorsqu'elle porte des chaînes invisibles.

    Il existe des enfants intelligents, éveillés, attentifs, hypersensibles qui, parce qu'entièrement dévoués à leur mère, sont aussi utilisables, transparents, clairs et manipulables. Ils le resteront tant que le vrai soi (leurs sentiments) restera dans la cave de la maison transparente qu'ils doivent habiter. 

    La mère est incapable de prendre en charge le fonctionnement narcissique de l'enfant et elle-même a des besoins narcissiques insatisfaits. Elle va investir narcissiquement son enfant (cela n'exclut pas une véritable affection). Cet amour n'offre ni la constance ni l'espace dont l'enfant aurait besoin pour vivre ses sentiments et ses sensations. Les besoins de l'enfant ne sont pas intégrés mais refoulés. Ils restent enfouis sous forme archaïque. 
"Le besoin inconscient spécifique de la mère active, parmi les potentialités infinies du nourrisson, celles qui créent l'"enfant" qui est le reflet de ses propres besoins". Cela donne un cadre de référence en miroir auquel s'ajuste le faux self primitif de l'enfant. 




     Tous les enfants d'une fratrie ne sont pas nécessairement investis narcissiquement. Si l'un l'est, les autres peuvent jouir d'une plus grande marge de liberté.


  • En conclusion 


     Beaucoup d'êtres humains gardent toute leur vie ce sentiment de culpabilité, sentiment de n'avoir pas répondu aux attentes de ses parents. Ce sentiment est plus fort que la conviction intellectuelle que ce n'est pas à l'enfant de satisfaire les besoins narcissiques de ses parents. 
     Il faut effectuer un réel travail de deuil de ne pas avoir été aimé pour ce que nous étions. Sans ce travail de deuil, l'adulte met en place cette défense par la grandiosité ou la dépression, ou être dans une compulsion de répétition qui peut aller jusqu'à la perversion. 

Les principales étapes que vit cet enfant sont :
1. Subir dans sa petite enfance des offenses que personne ne considère comme telles
2. Ne plus réagir à la douleur par la colère 
3. Manifester de la reconnaissance pour ces prétendus bienfaits
4. Tout oublier
5. Décharger sur les autres ou contre soi-même la colère accumulée. 

     Il faut donc réapprendre à se connecter à ses émotions profondes de colère, d'injustice qu'on n'a pas pu vivre à cette époque car les risques encourus étaient trop grand pour l'enfant dépendant de ses parents. 

lundi 28 mars 2016

J'ai sept ans

J’ai sept ans, c’est mon anniversaire. Je me réveille toute remplie de joie de cette journée. Cécile va venir. Cécile, c’est mon amie. Elle est belle. Comme une poupée. De grands yeux bleus avec des loooongs cils. Un petit nez avec de toutes petites tâches de rousseur et une jolie bouche à la moue boudeuse, aux lèvres pleines, sur de petites dents bien blanches. Ses cheveux bouclés sont foncés, ce qui rehausse la blancheur cristalline de son visage. Je l’aime parce qu’elle est belle et parce qu’elle m’aime, je crois.
J’attends avec impatience le moment où elle franchira la porte, le moment où je verrais la jolie tenue de poupée qu’elle aura la chance de porter. Elle me fait rêver.
J’attends avec impatience le moment où elle va m’embrasser, où je sentirai son doux parfum de fruit, et où elle me murmurera à l’oreille de sa charmante petite voix d’enfant « Joyeux anniversaire ».
J’attends avec impatience le moment où maman, Virginie et Cécile auront les yeux rivés sur moi en chantant « Joyeux anniversaire » et en attendant le moment où je soufflerai les sept petites bougies qui brilleront sur le gâteau au chocolat, mon gâteau au chocolat ; pour moi !
J’attends impatiemment le moment où les bougies vont s’éteindre avec une légère fumée qui sent bon et où on m’apportera mes cadeaux que j’ouvrirai en trépignant de joie.
J’attends impatiemment....GNNOOUIIIK...Le rêve tourne court.
« Les filles, allez ranger vos chambres ! »
Quoi ? Pardon ? Mais c’est mon anniversaire ! Mais mon amie est là pour jouer avec moi ! Je ne peux pas la laisser toute seule en bas ! Ma chambre, elle peut attendre demain ! Cécile n’attendra pas ! Et puis, elle va manger tout mon gâteau ! Et puis elle va jouer avec mes jeux pendant que je serais dans ma chambre à ruminer ! Et puis je la déteste de s’amuser pour mon anniversaire alors que moi je ne m’amuse pas ! Je l’attacherais bien au portail !
Mais tout ça je ne le dirais pas. Je ne pourrais jamais le dire. Ce n’était pas contre Cécile que j’en avais, mais contre celle qui m’a gâché ma fête. Comment a-t-elle pu me faire ça le jour de mon anniversaire ? Il y a 365 jours par an et sur ces 365 jours, un seul est le jour de mon anniversaire. Alors, était-ce trop demandé que ce jour-là, seulement celui-là, je n’ai pas à ranger ma chambre alors qu’une seule amie est venue ?

« Merci maman d’avoir fêté mon anniversaire. » 

lundi 21 mars 2016

Surdoués vs zèbres TQI et autres sureff...






Cela fait quelques temps que je traine sur des groupes Facebook consacrés à la douance et je voudrais vous faire part de certaines de mes observations à ce sujet.



 

QI et test

 
   Le QI est la moyenne des résultats d'un test qui situe les performances intellectuelles d'une personne par rapport à une population de sa tranche d'âge.
     Pour plus de lisibilité, on répartit ces résultats selon une courbe de Gauss (outil statistique utilisé également dans d'autres domaines, elle permet de mettre en évidence une norme, au centre de la cloche, qui réunit 90% des cas). Le test de QI a été élaboré afin de mesurer des retards mentaux ; à partir de deux écarts-types par rapport à la moyenne de 100 (70 de QI, donc), il existe une différence significative ayant un impact sur la vie de la personne concernée.  En parallèle, il en est de même pour les personnes se trouvant à deux écarts-types au-dessus de la moyenne (130).
     On a décidé de les appeler surdoués, considérant les gens dans la moyenne comme normalement doués.
  



   Jusque là, tout est clair.


Comment des psys s'emparent du concept de surdoué


    Certains psys ont découvert, parmi leurs patients, qu'une partie était surdouée, fait étonnant puisqu'en toute logique, on pouvait penser qu'en étant ainsi dotés, tout devait très bien aller pour eux. A partir des observations sur ces gens en mal-être, ils ont établi une sorte de portrait-robot : hypersensibilité, grand sens de la justice, sentiment de décalage par rapport aux autres, empathie extrême, tendance à donner beaucoup aux autres etc... Et parce que le terme de surdoué est connoté "réussite", certains ont proposé d'autres mots : zèbres (WTF), HPI (haut potentiel intellectuel), HQI (haut quotient intellectuel), surefficients mentaux...  Mais au fur et à mesure de la médiatisation de tout ça, certains surdoués ont mis en évidence que ce portrait-robot était biaisé, et forcément puisqu'il était établi à partir d'une population qui allait mal. Comment, à ce moment-là, distinguer ce qui est dû au haut potentiel de ce qui résulte d'un état dépressif ?



Dérives 


     Là où le bât blesse, c'est quand certains psys commencent à catégoriser les surdoués entre les Intellectuels et les Emotionnels, les profils Laminaires et les Complexes, les neurodroitiers et les neurogauchers etc... Non seulement cela n'est étayé par aucune étude scientifique, mais en plus, on peut voir que toutes les nuances existent et qu'une même personne peut passer d'un profil à l'autre selon le contexte dans lequel elle se trouve. Sans compter que neurotrucmuche n'a aucun sens puisque nous utilisons tous nos deux hémisphères cérébraux et que haut potentiel émotionnel signifierait plutôt être capable de bien interpréter et gérer les états émotionnels que de pleurer devant Bambi.
     Les dérives de tout ça, c'est que des psys et autres coachs autoproclamés surfent sur la vague, proposent des conférences, séminaires et autres prises en charge éminemment lucratives mais qui se révèlent totalement inadaptées puisqu'elles visent à laisser penser que le patient se résume à ces caractéristiques et que ce sont les autres qui sont de grands méchants. Il ne peut donc pas évoluer et aura tendance à s'entourer de personnes dans le même état émotionnel que lui.
     Une autre dérive réside dans le fait que des non surdoués vont se retrouver dans ces descriptions (et pour cause, la dépression peut recouvrir des symptômes similaires, le tout assaisonné d'un bel effet Barnum) et ces psys peu scrupuleux ne les détromperont pas quand bien même leurs résultats au test de QI ne révèlent pas de douance.



Origines du déni de soi

       Les différentes caractéristiques citées dans ces descriptions correspondent donc à des gens qui sont dans une forme de déni de soi. J'aimerais qu'on se pose la question de ce qui fait qu'une personne est dans le don de soi, dans l'hyperempathie, dans l'entéléchie (forte pression personnelle de se conformer à des valeurs morales extrêmement contraignantes)etc...
     C'est en lisant Alice Miller que j'ai pu découvrir des pistes de réflexions que je tiens à partager avec vous, et cela n'a rien à voir avec la douance même si elle peut en accentuer les manifestations. Prenons un enfant vivant dans un milieu insécure dans lequel, pour survivre, il doit anticiper toutes les exigences implicites de ses parents sans quoi il en subit la violence (cas typique de la pédagogie noire bien plus insidieuse et fréquente qu'on ne l'imagine, je détaillerai plus cette partie dans un prochain article). Cet enfant, donc, développera de très bonnes capacités à s'adapter aux attentes de l'autre, à percevoir une demande non dite, et tout cela au détriment de lui-même. Ajoutons à cela les carences affectives qui aboutissent à une peur exacerbée de l'abandon et vous avez la victime idéale pour l'abus. Cette personne est prête à tout pour satisfaire l'autre. Pourquoi l'autre, ayant un minimum d'égoïsme sain (je reviendrai là-dessus également parce que c'est très important), se priverait d'en profiter ? A fortiori, une personne avec un narcissisme extrême trouvera en cette personne la source intarissable pour son bien-être.
     Il ne s'agit donc pas d'identifier untel ou untel comme un PN (Pervers Narcissique très en vogue dans la zébrosphère) ou un abuseur, mais plutôt ce qui, en soi, permet à l'autre la mise en place d'une relation abusive. Et cela est le résultat d'un comportement dans lequel on ne pose pas la limite, on ne se donne pas de place à soi-même. Ce comportement, qui était salutaire lorsqu'on dépendait d'un adulte dont on sentait la menace de l'abandon, n'a plus lieu d'être lorsqu'on est soi-même capable de faire ses choix, de subvenir à ses propres besoins.



Se poser les bonnes questions


     Tous ces psys à la noix, s'ils étaient compétents, inciteraient leurs patients à développer un narcissisme sain, à apprendre à envoyer bouler qui que ce soit à partir du moment où il empiète sur son espace, au lieu de les conforter sur un état immuable dans lequel ils sont condamnés à se sentir agressés et qui nécessitera une prise en charge ad vitam aeternam. Quel est l'interêt de ces psys ou coachs ? Peut-on réellement imaginer leurs intentions ? Je ne pense pas ; en revanche, on peut voir les résultats de leurs pratiques, et elles sont pour le moins suspectes.